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Procréation assistée : les dons d’ovocytes restent trop rares

En France, 500 femmes acceptent chaque année les contraintes d’un prélèvement de leurs cellules reproductrices pour permettre à d’autres d’avoir des enfants.

«J’ai donné mes ovocytes comme je donne mon sang. Ce ne sont que des cellules, pas des enfants !» Pour Emeline, le choix semble avoir finalement été assez simple: déjà maman de deux enfants de 4 et 1 ans, elle faisait une pause professionnelle et disposait d’un peu de temps. «J’avais vu des prospectus chez mon médecin généraliste, et j’en ai discuté avec mon compagnon qui m’a dit “Ce sont tes ovocytes, tu en fais ce que tu veux”.» Des enfants, elle ignore si elle a permis d’en faire naître. «Et ce n’est pas très important de le savoir. Si un jour quelqu’un issu de mon don voulait me rencontrer, j’accepterais pour qu’il puisse mettre un visage sur son patrimoine génétique. Mais cela n’irait pas plus loin.» « Je me serai battue pour avoir un enfant et je l’aurai porté. Cet enfant sera le mien, pas celui de la donneuse», confirme Priscilla. Elle et son compagnon attendent un don d’ovocyte depuis la fin de 2014 et devraient recevoir le premier dans les jours à venir. «On m’a prévenue que cela marchait rarement du premier coup. Mais un jour, j’aurai mon bébé chez moi.»

Emeline fait partie des femmes ayant accepté de donner leurs gamètes, Priscilla de celles qui attendent. «Pour les ovocytes, il y a une évolution régulière mais les dons restent insuffisants, explique le Pr Dominique Royère, responsable procréation à l’Agence de la biomédecine, qui lance une campagne d’information. En 2014, 500 dons ont été réalisés, de quoi satisfaire un millier de couples en attente. Il nous en faudrait 900.» Côté hommes, «les chiffres sont stables avec 250 à 300 dons par an. Un quasi-équilibre entre l’offre et la demande, mais nous voulons préserver la diversité des donneurs».

«Il faut 5 fois plus de donneuses »

La nature est parfois mal faite. Côté hommes, le nombre de grossesses obtenues avec un même donneur est légalement limité à 10, mais un seul don y suffit amplement et la technique de recueil est peu contraignante. Thomas sourit volontiers en évoquant «ses » enfants. «J’ai une peur panique des aiguilles alors je ne peux pas donner mon sang. Donc, j’ai donné mon sperme. Pour les hommes, ce n’est pas très compliqué. Et c’est un gros sujet de blagues avec mes amis !»

Pour les femmes en revanche, «un don, dans le meilleur des cas, pourra permettre 2 ou 3 grossesses », explique Dominique Royère. Limite physiologique, l’organisme féminin étant plus avare de ces cellules reproductrices. «Il faut donc 5 fois plus de donneuses », conclut le Pr Royère. Or donner ses ovocytes est autrement plus contraignant.

«Une fois que l’on a vérifié que la donneuse est fertile et n’est pas porteuse de maladie transmissible, elle doit suivre un traitement hormonal pour permettre le développement des follicules, sous surveillance médicale pour prévenir les risques d’hyperstimulation ovarienne. Puis elle est hospitalisée une journée, et le prélèvement se fait sous anesthésie.» Outre les risques inhérents à l’anesthésie, l’opération peut générer quelques petits désagréments : inconfort, pesanteur pelvienne, difficultés de transit intestinal…

Deux ans d’attente

Pour élargir le recrutement et abaisser l’âge moyen des donneurs (plus le gamète est «jeune », plus il est de bonne qualité), le législateur s’est voulu pragmatique : depuis janvier 2016, les personnes n’ayant pas eu d’enfants peuvent donner et les femmes demander, si la quantité d’ovocytes prélevés est suffisante, qu’une partie soit congelée au cas où elles développeraient plus tard une infertilité. «C’est encore trop récent, mais il sera intéressant, dans quelque temps, de savoir si c’est une motivation importante », s’interroge Dominique Royère.

Actuellement, les quelque 3000 couples infertiles en attente de don patientent un an pour obtenir du sperme. «C’est un délai assez incompressible, note Dominique Royère, entre le parcours médical et le temps de s’approprier cette idée.» Mais un ovocyte peut se faire attendre près de deux ans.

Des couples vont à l’étranger

Pour raccourcir les délais ou lorsque la femme a plus de 43 ans, âge au-delà duquel la procédure n’est plus prise en charge en France, certains couples se tournent vers l’étranger. Mais cela coûte cher, et «dans certains endroits les pratiques sont plus que douteuses », s’inquiète le Dr Aurélie Vincent, obstétricienne à l’hôpital Antoine-Béclère (Clamart).

Pour une étude publiée dans le Journal de gynécologie-obstétrique et de biologie de la reproduction, elle a comparé les risques périnataux survenus chez 88 femmes ayant eu un don d’ovocyte à l’hôpital Cochin (Paris) et 121 femmes de plus de 43 ans ayant reçu un don à l’étranger mais accouché à Port-Royal (Paris). «Nous avons été surpris, car le seul risque significativement plus élevé pour les femmes du second groupe était le retard de croissance intra-utérin. Pour l’ensemble des femmes, les problèmes étaient principalement liés aux grossesses multiples et au don d’ovocyte en lui-même, pour des raisons immunologiques.» Or en France, dit-elle, «on a rarement plus d’un embryon à attribuer à une receveuse. En cas de double implantation, le taux de grossesse est effectivement meilleur. Mais pas forcément le nombre de bébés qui naissent en bonne santé…»

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/05/24/25004-procreation-assistee-dons-dovocytes-restent-trop-rares

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